Photoshop en question
Alors que Visa pour l’image bat son plein en cette rentrée molle, je relaie ici l’article de Claire Guillot sur la polémique entre puristes du cliché et photoshopeurs.
Un peu étonné d’ailleurs pas ce débat alors que l’on vient de fêter il y a peu les 20 ans de Photoshop, et que la pratique de ce logiciel est tellement commune.
Sans doute, s’il y a débat, c’est que finalement, chez les photographes, cette pratique n’est pas si évidente.
Régulièrement confronté à la photo dans mon activité quotidienne, je suis très souvent surpris de recevoir des fichiers non retouchés, livrés bruts, sans retouche de niveau de contraste ou de couleur, venant de jeunes photographes. Pourtant, ces étapes sont indispensables : la pollution des capteurs numériques est réelle, et la mise à niveau redonne de la vie à une photo qui a été altérée, en chromie, en luminosité ou en contraste..
Au dela de cette étape première de retouche, c’est l’éthique journalistique qui est au centre du débat : jusqu’où peut-on aller dans le photoshopage ? Le recadrage est il admissible ? L’élimination d’un détail gênant (que permet magistralement le “Content-Aware fill” de la CS5) ? La saturation des couleurs et des contrastes ?
Quand donc une photo devient fausse ou mensongère et donne une image tordue de la réalité ?
Ce débat est aussi en question dans le documentaire vidéo qui se démultiplie aujourd’hui avec les appareils photos aptes à la vidéo HD. Curieusement, il y a moins de polémique dans ce secteur. Ralentis, accélérations, profondeurs de champs dynamiques, ajouts de musiques, recherche systématique de cadrages atypiques… Cette débauche d’effets esthétisants et artificiels est pourtant bien plus malhonnête qu’en photo, sans que cela gêne grand monde.
En regard de cette révolution de la vidéo, le débat sur le photoshopage semble un peu désuet. Il y a toujours eu une photographie réaliste, et une photographie symboliste, même dans le photo-reportage. L’usage de photoshop ne casse pas cette double vision du monde. Elle permet même, selon moi de donner plus de profondeurs à chacun de ces genres.
Lire l’article de Claire Guillot



















Ce débat, certes nécessaire, a le don de m’énerver. Reporter photographe pro en PQR depuis quelques années, je ne bidonne pas mes photos à grands coups de toshop. J’ai pour principe, comme tous mes collègues, de ne faire sous photoshop que ce que je faisais au labo avec l’agrandisseur, la chimie, les filtres, le choix du papier (époque que j’ai très peu connu).
C’est à dire que je recadre le cas échéant, je joue sur les niveaux, la luminosité, le contraste, la colorimétrie (rétablir une balance des blancs limite, réduction d’une dominante), j’éclairci ou assombri certains zones, comme on retenait (ou pas) la lumière avec des pochoirs, je sature ou désature les couleurs.
Spécificité du numérique, j’accentue mes photos pour augmenter le piqué et je nettoie les poussières sur le capteur. Ce sont les seules choses que j’enlève. Rien d’autre.
Cette polémique me fait bien rire. Jamais on a repproché à Salgado de bidouiller ses photos. Pourtant quand on voit ses négatifs, on se met à la place du tireur et on pleure.
A l’origine de cette polémique, il y a Jean-François Leroy, le boss de Visa. C’est lui qui a parlé d’overphotoshoping lors de la conférence de presse de présentation de visa 2010. Un superbe coup marketing de monsieur Leroy (pour qui j’ai énormément de respect) pour qu’on parle de “son” festival. Résultat, 6 mois après, pas un seul journaliste (même la presse spécialisée) ne parle de Visa sans parler de cette “polémique”. C’est le nouvel angle de traitement. Ça change du traditionnel papier sur la mort du photojournalisme qu’on nous ressert chaque année depuis 10 ans fin août, début septembre.
Je me permets de vous souffler les crédits de la photo accompagnant votre post:
Cédric Gerbehaye / Vu
Je crois que cette photo est issue de son travail réalisée en RDC: “Congo in Limbo”
http://www.agencevu.com/photographers/photographer.php?id=214
Je vous suis sur tout. Même si je pense qu’un peu plus d’audace créative de la part des photographes ne ferait pas de mal. Et une meilleure maîtrise des outils informatiques pour accentuer la vie d’une photo.
Quant à la mort du photojournalisme, oui, c’est vraiment un poncif auquel je n’adhère pas non plus. Au contraire ! Je n’ai jamais vu ce secteur en meilleure forme qu’aujourd’hui. Ce dont on voit la fin aujourd’hui, c’est sans doute une certaine conception du photographe sacralisé que l’on pouvait encore constater il y a une dizaine d’années.
PS : J’aime bcp vos photos
PPS : avez-vous un diffuseur pour votre panorama de Lyon ?
Merci, je savais
J’avais mis le crédit en alt sur la photo.
J’ajoute en pied.
Merci pour votre commentaire sur mon travail. c’est gentil.
Quant à mon panorama HD de Lyon, je l’ai déjà vendu. Il devrait être en ligne. Mais il devrait y avoir d’autres production de ce genre dans les mois qui viennent mais plus orientée visite virtuelle en news avec du son et de la géolocalisation. Le top serait de faire quelque chose dans le genre de Bryan Chan du La Times: http://framework.latimes.com/who-we-are/bryan-chan/
Vous connaissez une structure susceptible de diffuser ce genre de production ?
Oui, au monde.fr, on cherche toujours des produits innovants. Le quicktimeVR n’en fait pas vraiment parti dans sa version brute. Par contre une version améliorée comme celle ci-dessous, j’ai toujours imaginé que c’etait une bonne idée, très immersive grâce au son, et peut etre avec un peu plus d’interactivité : http://photo.photojpl.com/tour/08soirelectionpq/08soirelectionpq.html
Pour les Gigapans, dans l’esprit d’une collection, ca peut-etre intéressant aussi. Avez-vous un ordre de prix ? Vous pouvez m’ecrire a monasterolo@lemonde.fr
Merci pour votre com.
b
J’ai produit un mégapixel bientôt en ligne, mais je m’intéresse plus au panoreportage en news (comme l’exemple que vous mentionné) avec son d’ambiance et pourquoi pas le cas échéant la géolocalisation, une galerie d’images, une vidéo. Je bosse encore le sujet et je me permettrai de vous recontacter quand j’aurai quelque chose de sérieux à vous proposer d’ici quelques semaines (enfin si tout va bien)
Maxime